Ces communes rurales qui embauchent des vigiles

Enquête de Delphine Szydlowski

Le Courrier de Mantes

Publiée le 30 juillet 2003

 

Le SIPM/FPIP fait dire le droit...

La société PSM : « On ne se substitue pas aux gendarmes »

Créée depuis trois ans et demi, la société PSM (Protection Sécurité Mantaise) fonctionne à plein régime. « Je pourrais même faire travailler dix agents de plus en ce moment », s’exclame son gérant Paul Kulmicht. Fondateur et unique salarié de l’entreprise à sa naissance, il emploie désormais vingt-cinq agents au service de ses clients : des banques, des particuliers ou des entreprises.

La majorité du travail consiste à surveiller les alarmes et à intervenir sur place lorsqu’elles se déclenchent. Pour le reste, il s’agit de gardiennage classique. Un travail identique à celui requis par les communes rurales citées ci-dessus. « C’est une activité saisonnière qui ne dure que l’été », précise Paul Kulmicht.

D’entrée, le patron de PSM tient à préciser : « On travaille en accord avec les gendarmes et il est hors de question de se substituer à eux. On effectue un travail de vigilance. Notre présence rassure les habitants et elle peut aussi se révéler utile en cas de départ de feu, accident ou cambriolage. On peut éventuellement relever les numéros d’immatriculation de véhicules suspects mais on ne contrôle pas les identités, on ne fouille personne. Comme tout citoyen, on peut par contre effectuer une interpellation en cas de flagrant délit ».

Selon Paul Kulmicht, les communes rurales font appel au service de vigiles à cause de la recrudescence de cambriolages durant l’été. Mais les raisons sont multiples. Il développe : « Les grandes villes ont enregistré des renforts de police. Elles ont créé des polices municipales. On voit l’exemple à Mantes-la-Jolie où ils étaient quatre agents à la création (1995) et ils sont désormais trente (50 prévus d’ici 2006). Les communes rurales n’ont pas les moyens de s’offrir un policier municipal à l’année. Ça coûte moins cher de faire appel à nos services pendant deux mois. Il y a moins de délinquance dans les grandes villes mais le problème reste entier. Il s’est déplacé ».

Il est difficile de vérifier cette tendance avec les chiffres de la délinquance, délivrés au compte goutte par la préfecture. Mais ce déplacement était craint notamment par les anti-vidéosurveillance.

La surenchère en matière de sécurité bat donc son plein. Et la tendance est loin de s’inverser à en écouter Paul Kulmicht. « A mon avis, les communes rurales vont se doter dans les années à venir de véhicules d’intervention disponibles douze mois sur douze ».

 

 

Le SIPM/FPIP avait prévenu...

Parisien du : 18/11/2021

 

La police municipale conteste les vigiles des villages

 

L'événement CET ÉTÉ, plusieurs communes rurales des Yvelines ont fait appel à des sociétés privées de gardiennage pour assurer la tranquillité de leurs concitoyens en juillet et août. Une initiative qui satisfait dans l'ensemble les habitants de ces communes puisqu'aucun fait marquant n'est venu perturber la quiétude de ces villages ruraux du Vexin. En revanche, l'initiative suscite une certaine émotion chez les policiers municipaux.

 

Une de leurs instances représentatives, le Syndicat indépendant de police municipale/FPIP, vient de déposer plainte auprès du procureur de la République à Versailles, qui a ouvert une enquête préliminaire.

 

La procédure lancée par le syndicaliste s'appuie sur l'article 3 de la loi du 19 mars 2003. A ce titre, il reproche à ces vigiles d'avoir exercé leur mission sur la voie publique sans dérogation préfectorale, alors qu'ils ne peuvent le faire « qu'à l'intérieur des bâtiments ou dans la limite des lieux dont ils ont la garde ».

 

La procédure s'est soldée par un rappel à la loi Les maires de Guitrancourt, de Fontenay-Saint-Père, de Porcheville, de Guerville et de Follainville-Dennemont ont été entendus. Ce dernier n'était pas directement concerné car il n'avait fait appel à une société de gardiennage que pendant deux soirées, dans le cadre limité de la fête communale. La mairie de Guerville, elle, entraitdans le cadre de la loi car la surveillance ne s'opérait que de nuit sur les installations sportives et la piscine.

 

Les responsables des sociétés de surveillance ont également été entendus par les gendarmes pour s'expliquer sur leurs missions et la manière dont elles ont été menées. Laprocédure s'est soldée par un simple rappel à la loi. Mais aujourd'hui certains maires rechignent à honorer les contrats dont les montants avoisinent les 9 000 .

 

« C'est un délit qui peut être puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 d'amende, précise Philippe Steens, responsable de la police municipale au sein du Syndicat indépendant de police municipale (SIPM/FPIP). La loi est bien précise, elle évite des dérapages. En tant que policiers municipaux, nous avons deslimites à notre pouvoir d'exercice et nous les respectons. On ne peut pas faire faire n'importe quoi à des vigiles. Cela peut être dangereux pour nos concitoyens. Nous avons déposé plainte dans les Yvelines comme dans d'autres départements, et notamment contre la mairie de Roquebrune-Cap-Martindans les Alpes-Maritimes, où des vigiles opèrent des contrôles d'identité dans la rue », explique ce syndicaliste.

 

Jean-Daniel Béguin, le maire de Fontenay-Saint-Père, est refroidi. « Je pense que nous allons être obligés dans l'avenir d'arrêter le recours aux sociétés privées. Nous n'irons pas à l'encontre de la loi. Elle a le mérite d'empêcher les milices privées, mais par contre elle pénalise nos petites communes qui ne disposent pas de policiers municipaux. Nous faisons confiance aux gendarmes, mais ils ne peuvent être présents dans les dix-sept communes du canton en même temps. A Fontenay, nous ne disposons que d'un employé, il ne peut être sur le terrain le jour et la nuit, sept jours sur sept. Et même si nous trouvons une solution dans le cadre de l'intercommunalité avec les communes voisines, jamais nous ne pourrons assurer une présence continue sur le terrain. »

 

Christian Thomas

A Fontenay-Saint-Père : « Un service complémentaire »

Il est 22 h en cette soirée de mi-juillet. Le vigile employé par Protection Sécurité Mantaise rejoint le cœur du village en voiture suivi de son chien de défense. Pour la troisième année consécutive, les résidences du millier d’habitant de Fontenay vont être surveillées quotidiennement, chaque nuit jusqu’au petit jour, pendant six semaines.

La municipalité a fait ce choix « par prévention » et parce qu’elle estime les effectifs de gendarmerie « insuffisants pour assurer la garde du village » pendant la période estivale. « Nous comptons toujours sur les gendarmes avec lesquels nous avons de bonnes relations, détaille le maire Jean-Daniel Béguin. Nous avons simplement souhaité mettre en place un service complémentaire. En été, il n’y a parfois personnes dans certains quartiers ».

8 500 la prestation

L’élu admet que le besoin est nouveau, qu’il a aussi un prix puisque Fontenay ne déboursera pas moins de 8 500 pour la prestation cette année, sur un budget global d’environ 45 000 . « La somme n’est pas négligeable et il est vrai que nous souhaiterions pouvoir mettre cet argent ailleurs. Si la gendarmerie avait plus de moyens, on ne s’embêterait pas avec ce problème ».

Le maire est prêt à renouveler ce service aussi longtemps qu’il le faudra ; quitte à le banaliser dans l’esprit des administrés : « Tant que nous n’aurons pas d’autre solution pour assurer notre tranquillité, si rien ne doit changer, nous ferons systématiquement appel à un vigile ».

L’employé, qui prend note des éléments suspects et travaille par liaison radio avec un confrère d’une commune voisine, rend régulièrement compte de son activité à la municipalité : « La lecture de son rapport est très intéressante. On n’imagine pas les mouvements de véhicules. Et s’il en dissuade pendant ses rondes, c’est toujours intéressant ».

La mise en œuvre d’un tel service peut effectivement être dissuasive mais il a également tendance à déplacer le problème d’une commune à une autre. « Nous en avons conscience », admet Jean-Daniel Béguin.

Le dispositif a-t-il porté ses fruits ? Ses résultats sont évidemment difficiles à quantifier. « L’année dernière, nous n’avons pas noté de problème particulier. Le vigile avait toutefois mis en fuite un véhicule. Mais en tentant de lui barrer la route, le sien s’est retourné dans le bas côté ».

Et le maire d’insister : « Il s’agit d’une action préventive et complémentaire de celle de la gendarmerie. Si nous n’avions pas de vigile, nous aurions certainement beaucoup plus de cambriolages ».

De Fontenay à Guitrancourt en passant par Guerville, plusieurs communes rurales font appel aux agents de sécurité.

Rodéo, tapage nocturne, vandalisme, les actes de malveillance sont en hausse dans les communes rurales. Pour lutter contre ce transfert de délinquance, de plus en plus de villes et villages font appel à des sociétés de gardiennage pour surveiller les espaces publics durant l’été. Un renfort de poids pour la gendarmerie et la police nationale.

Quoi de plus agréable quand il fait chaud, que de piquer une petite tête ? Chaque été, la piscine municipale de Porcheville, qui est équipée d’un toit amovible, fait le plein.

Seulement voilà, si la plupart des baigneurs sont là pour profiter de la pelouse et de la fraîcheur de l’eau, d’autres en revanche, s’adonnent à des jeux beaucoup moins amusants : vols, insultes, dégradations, autant d’actes d’incivilité et de malveillance qui ont poussé la municipalité à sortir les grands moyens en embauchant des vigiles.

« En période estivale, nos deux agents municipaux ne sont pas suffisants pour tout surveiller. Ils s’occupent déjà de l’opération Tranquillité Vacances et ne sont pas disponibles pour surveiller certains points sensibles de la commune. La police nationale, elle, ne peut pas stationner très longtemps dans un même lieu. Depuis deux ans, nous faisons donc appel à une société de gardiennage pour surveiller les abords de la piscine et patrouiller sur l’ensemble de la commune en été et pendant les vacances scolaires. On ne peut pas demander à l’Etat de tout gérer. Les vigiles servent surtout de renfort et leur travail est complémentaire de celui de la police », explique Ernest Minisini, maire de la ville.

Une sécurisation d’été qui a d’ailleurs été renforcée cette année. Si jusqu’ici, les vigiles étaient présents uniquement le week-end, depuis cet été, ils patrouillent tous les jours, de 14 h à 2 h du matin.

À Guerville aussi, la municipalité a embauché un maître-chien pour surveiller la piscine provisoire installée sur le stade, ainsi que toutes les aires de jeux aux alentours. « Les jeunes venaient se baigner pendant la nuit. Nous avons même retrouvé des morceaux de verre dans le bassin. Le vigile est donc chargé de surveiller le bassin durant la nuit pour éviter les dégradations ». Montant de la prestation : 4500 euros pour quarante jours de surveillance.

Une présence dissuasive

S’il n’a pas encore eu recours au service d’une société de gardiennage, Samuel Boureille, le maire de Follainville-Dennemont reconnaît volontiers que la délinquance est de plus en plus problématique *dans les villages ruraux.« Les actes de délinquance se déplacent durant l’été. Les jeunes fuient les villes et viennent à la campagne pour être tranquilles. Nous avons eu cinq voitures brûlées sur la commune en un mois. Les rodéos sont fréquents et la population en a ras-le-bol. Nous avons choisi de solliciter la gendarmerie mais les faits délictueux augmentent toujours. En attendant d’avoir un agent de sécurité sur la commune, c’est donc moi qui tiens le rôle de vigile en essayant de dissuader les fauteurs de troubles ». Reste que s’ils sont de plus en plus nombreux, les vigiles ne doivent en rien se substituer aux policiers ou aux gendarmes. Il s’agit uniquement d’une sécurisation d’été, qui complète et renforce le travail des forces de l’ordre. Le pouvoir des vigiles est limité, mais leur présence semble bel et bien dissuasive à en croire les maires qui renouvellent leurs contrats avec les sociétés de gardiennage. Dans la liste des clients, on peut ajouter Guitrancourt ou Fontenay-Saint-Père.

L’évolution de la délinquance serait à la baisse, nous martèle-t-on à la préfecture depuis des mois. Mais ce sont les grandes villes qui en profitent le plus. Comme le constate Paul Kumicht, le gérant de PSM : « le problème ne s’est pas résolu. Il s’est juste déplacé ».